Friday Night Fights : boxe à Kinshasa

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La semaine dernière, on a célébré le quarantième anniversaire du mythique « Rumble In The Jungle » qui opposa Mohammed Ali et George Foreman au Stade du 20-Mai.

L’événement, largement relayé par la presse internationale, a été commémoré par le Shark Club, l’un des (nombreux) clubs sportifs de Kinshasa, au travers de l’organisation d’un meeting de boxe le vendredi 31 octobre, auquel j’ai bien entendu assisté.

Dans les faits, le Shark s’est surtout servi de la commémoration comme un prétexte pour attirer les sponsors, tels que Vodacom, la Bralima, Congo Futur, entre autres.

Alors même que le meeting, annoncé pour 18 heures, n’a véritablement commencé qu’à 21 heures, il n’y eut pas de projection du magnifique <When We Were Kings de Leon Gast ou de Soul Power de Jeffrey Levy-Hinte et encore moins du Ali de Michael Mann avec Will Smith

… j’ai trouvé ça dommage d’autant plus que le Shark Club en a aussi profité pour augmenter sensiblement les prix des places (45 000 francs congolais pour les places VIP situées autour du ring, 4500 francs pour les gradins) par rapport aux tarifs pratiqués lors de meetings « normaux », qui ont lieu toutes les deux semaines.

Pour les spectateurs présents, il n’y eut que la diffusion répétée de la chanson « Ali Boma Yé » du rappeur américain The Game, la projection des 5 secondes de combat au cours desquelles Ali mis Foreman KO… mais aussi, et ça n’a rien à voir, la présence de Fally Ipupa, le chanteur le plus populaire de la République démocratique du Congo, qui reprendra notamment son dernier tube, « Original », pour un public aux anges.

Ceci dit, pour moi, l’essentiel est évidemment ailleurs, dans les vestiaires notamment, où jeunes et moins jeunes athlètes s’échauffent en attendant de passer sur le ring.

Que ce soit leurs coaches ou eux, ils n’ont pas connu ce « Combat du Siècle ». Le Stade du 20-Mai, aujourd’hui appelé Stade Tata-Raphaël, n’est que l’ombre de ce qu’il était à l’époque, malgré les rénovations entreprises depuis que l’AS Vita Club, l’un des grands clubs de football de Kinshasa, en a fait sa résidence.

Toutefois, ces jeunes sont quand même les descendants directs de cette époque où la boxe a été brièvement le sport le plus populaire du Zaïre, grâce à ce « Rumble In The Jungle » rythmés par les « Ali, Boma Ye » (« Ali, tue-le ! » en lingala) scandés par lesKinois avant, pendant et après le combat.

Il suffit de voir ces apprentis courir en file indienne sur le boulevard du 30-Juin avec leurs chaussures de boxe aux pieds, fréquenter les innombrables clubs de Kinshasa qui n’ont d’autres locaux que la rue et l’air libre, pour ressentir combien la boxe génère le même enthousiasme qu’en 1974.

« J’étais allé tout seul au stade, parce que j’étais passionné ! » confie André Zaho Zama, qui avait 16 ans à l’époque. « J’avais commencé la boxe en 1970 et comme je suis un styliste, j’aimais beaucoup la façon de combattre de Mohammed Ali. Je regrette que l’on ait plus eu de combats de cette envergure depuis. »

En 1994, vingt ans après le combat Ali vs. Foreman, André est devenu arbitre professionnel de combats de boxe, pour pouvoir continuer à vivre de sa passion.

La passion, c’est aussi ce qui anime Nelson Maweti, l’un des entraîneurs du Boxing Club Ngwasuma de la commune de Ndjili. « Ce qui m’a donné envie d’entraîner, c’est l’amour de la boxe – le petit, là, je l’entraîne depuis qu’il a quatorze ans, ça fait dix ans! » dit-il en pointant du doigt Guélord Kalombo, champion de la ville Kinshasa dans la catégorie des lourds, qui participe au meeting suivi par une cohorte de fans de sa commune d’origine.

Pendant les combats, les chants des supporters ne s’arrêtent pas dans les tribunes – ils encouragent leurs poulains et invectivent leurs adversaires avec les fameux « Boma Ye ! » mais aussi des « Beta, beta K.O. ! » (Tape/frappe le K.O.) mais aussi des « Mot’epela, eh, eh ! » (« le feu brûle ! ») qu’ils illustrent en allumant des cierges (pour la mémoire de l’adversaire battu?)…

… une folle ambiance rythmée par les lokole (tambours) et les cuivres d’une fanfare venue spécialement de Ndjili pour animer la salle, à la manière d’une banda. On se croirait dans une messe kimbanguiste, mais il s’agit bien d’une rencontre sportive.

Sur le ring, les combattants en jouent – ils demandent le soutien des tribunes, se toisent du regard jusqu’à ce que l’un d’eux cède et rivalisent de provocation pour s’attirer les grâces d’une foule qui ne respecte que les audacieux…

… s’il avait été là, Mohamed Ali en aurait sans doute souri. Après tout, son esprit bravache alimentera encore les combats de boxe de Kinshasa pour longtemps.

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POUR ALLER PLUS LOIN :

« Rumble In The Jungle », une chronique de Matthieu Périssé sur son blog Le Vaste Monde.
– le compte-rendu de la soirée par le site Voilà-Night
– le reportage de France 24 sur les quarante ans du « Rumble In The Jungle »
le reportage de RFI sur l’initiative de Christophe Tiozzo, 40 ans après le combat Ali vs. Foreman

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